Parti socialiste

"Ces mystères nous dépassent..."
Les coulisses du Parti socialiste

Le congrès du PS s’est vraiment joué dimanche vers 1 heure du matin lors d’une réunion secrète des anti-Royal. Ils étaient neuf, représentant les trois autres motions en lice. Juste après le départ de Ségolène de la commission des résolutions, ces neuf se sont réunis dans une salle du
premier étage du Palais des Congrès, sans chaise ni table.


« Il a d’abord fallu aller à la pêche aux chaises », raconte un participant. Dans la pièce, François Hollande, Bertrand Delanoë, Pierre Moscovici et Harlem Désir, pour la motion du maire de Paris ; Martine Aubry, accompagnée du fabiusien Claude Bartolone et du strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis ; et enfin Benoît Hamon, flanqué d’Henri Emmanuelli pour la gauche du parti.


« Hollande a commencé d’un ton assez neutre, disant qu’il fallait trouver une solution entre les trois motions et proposer un candidat au poste de Premier secrétaire. » Les hommes de Delanoë ont plaidé pour un membre de leur courant, Harlem Désir ou Pierre Moscovici. Hamon et Emmanuelli étaient contre. Martine Aubry a proposé de se mettre d’accord derrière Hamon. Delanoë, cette fois-ci, était contre. « Elle a même proposé de soutenir Delanoë, c’est dire si elle veut faire barrage à Royal », raconte un des hommes dans la pièce. Une heure plus tard, personne n’avait bougé. Pourtant, dans une salle voisine, au même moment, des seconds couteaux de ces trois motions avaient bel et bien rédigé un texte de synthèse préparant le soutien de l’heureux élu... qui n’est jamais venu.


« Au final, c’est un scénario parfait, commente, de retour de Reims, un partisan de la maire de Lille. Que Hamon et Aubry soient candidats tous les deux ne donne pas l’impression d’un front anti-Royal, ce qui lui aurait permis de se victimiser davantage. Entre Hamon et Aubry, il n’y aura pas d’hésitation. Celui des deux qui sera éliminé au premier tour fera voter pour l’autre au second... Et la majorité se trouvera au finish. » Mitterrand, paraphrasant Cocteau, affirmait : « Ces mystères nous dépassent ; feignons d’en être les organisateurs. » Une phrase parfaite pour ce congrès de Reims.


Propos recueillis par Laurent Valdiguié
(paru dans Paris Match n°3105 daté du 20 novembre 2008)
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