Ségolène est beaucoup plus qu’une femme politique. C’est un phénomène ; un mystère, une énigme, une quadrature du cercle, une pomme de discorde. Dans notre univers platement consensuel, robotisé, peuplé d’individus grisâtres et de personnalités fadasses, elle sort du lot avec flamboyance.
Elle suscite l’admiration la plus fervente ou les controverses les plus basses. On la critique ou on la loue sans modération. Avec elle, pas de demi-mesure. Elle évolue dans le monde épique et sans nuances de l’exagération. C’est son destin et sa chance depuis le début : réveiller les passions. Elle excite les socialistes comme la cape rouge du matador. Elle remue leur bile, aigrit leur humeur, contrarie leur digestion. Mais que deviendraient-ils sans sa personnalité électrique ? N’a-t-elle pas réussi le tour de force d’obliger tout un congrès socialiste à faire fi de toute question idéologique pour se concentrer sur une seule et irritante interrogation : que faire de Ségolène ? Oubliés la crise, la social-démocratie, l’alliance au centre, Sarkozy. Une seule question ontologique qui engage l’existence et l’essence : to be or not to be with Ségolène ?
Evidemment, ce n’est pas un hasard si ce congrès a eu lieu à Reims, lieu historique au plus haut degré puisque c’est dans cette ville que commence l’histoire de France. Dans la mystique devenue politique avec le sacre de Clovis. Et Ségolène, elle aussi, est regardée comme une personnalité qui trouve sa source dans le charismatique et le religieux. N’a-t-on pas parlé de « dérive sectaire » à son propos ?
On l’a comparée à Jeanne d’Arc, image qu’accréditent autant la bravoure, le cran, l’obstination qu’elle met au service de sa mission que les multiples procès qu’on lui intente. Ses avanies, les flèches qu’on lui décoche, les obstacles qu’on place sur sa route sculptent sa figure de sainte qu’on veut immoler car elle brise les vieilles idoles. Le Parti socialiste est trop obnubilé par elle pour s’en débarrasser sans de graves dommages. On comprend son dilemme : couronner sinon une sainte du moins une légende difficile à vivre ou cohabiter avec une martyre qui prendra l’opinion à témoin de son injuste sacrifice.
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