Interview. Après une année de changement, un nouvel amour, des débuts sur les planches, l’animatrice de TF1 reprend son élan en Normandie. Plus grave et réfléchie qu’il n’y paraît.
Par David Le Bailly. Photos Richard Schroeder
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Flavie Flament est une fille bien élevée. Dans les rues de Deauville, au volant de son pick-up Nissan noir, elle s’arrête pour laisser passer les piétons. Et les apostrophe, eux qui pourtant ne peuvent pas l’entendre, d’un « Allez-y monsieur ». Sur la scène du Théâtre Michel, à Paris cette fois, cette même politesse l’avait conduite à s’excuser après un blanc lors d’une représentation des « Monologues du vagin ». « Pardonnez-moi », avait-elle murmuré, tétanisée par ce qui venait de lui arriver. Elle s’était fait tancer par la metteuse en scène qui lui avait appris qu’« au théâtre on ne s’excuse pas. On continue son texte, quoi qu’il arrive ». De retour dans sa loge, elle s’était effondrée en larmes.
Flavie Flament ressemble à Catherine Deneuve à 30 ans. Les cheveux, bien sûr, mais aussi les yeux, la finesse des traits, la forme du nez. Plusieurs réalisateurs, comme Buñuel dans « Belle de jour », avaient joué de l’image de belle-fille idéale que traînait Deneuve pour mieux la faire voler en éclats. Flavie Flament est une fille bien élevée qui n’a pas encore rencontré son Buñuel. Une fille de TF1, princesse des ménagères, consensuelle, légère juste ce qu’il faut. Un « produit périssable », reconnaît-elle. Pourtant, elle le jure, elle « essaie de repousser les murs », a souvent des envies de tout envoyer valser. « Mais je sais que ce n’est pas la solution, avoue-t-elle. La notoriété est quelque chose qui te dépasse, que tu ne vois pas venir et qui t’étouffe. Il y a un monde entre mon image et ce que je suis. »
PIERRE SAIT TOUT SUR TOUT. ELLE LE SURNOMME «WIKIPEDIA»
Son nouvel homme, Pierre, a dix ans de plus qu’elle. Lui aussi travaille à la télévision, de l’autre côté de la caméra. Ils se sont rencontrés quand Flavie présentait « Sagas ». Pierre ne ressemble pas à un garçon bien élevé. Une gueule de marin, trapu, le regard perçant. Un peu bourru, un peu timide. Il a fait deux fois le tour du monde, dont il a rapporté une collection de pierres, de l’Everest, du K2 ou du mur de Berlin. Sa mère est réunionnaise, mais il a grandi en Ile-de-France, à Ozoir-la-Ferrière. A la table familiale, ce « terrien » – il se définit ainsi – récite du Baudelaire, raconte ses tournages avec Johnny ou Christophe, se souvient du premier concert donné à Paris par Patti Smith ou évoque, avec envie, un couple d’amis parti vivre en Océanie et dont la philosophie est de « se réveiller quand on a fini de dormir ».
« Ce n’est vraiment pas mon truc d’être à la une des magazines, dit-il, mais je savais qu’en étant avec Flavie j’achetais le package. Au début, ça a surtout été dur pour mes enfants. » Flavie surnomme Pierre « Wikipédia » – « Il sait tout sur tout » –, mais assure qu’il n’est pas son Pygmalion : « On vient de la même planète. C’est la rencontre de deux états d’esprit identiques. Il a un côté vrai, c’est rare. » Elle lui prend la main, lui donne du « mon cœur », du « mon amour », ou du « Pierre Quatrefages » quand elle est énervée.
Cet été, ils ne se sont pas quittés. Ont fusionné leur marmaille respective (deux enfants pour elle, trois pour lui) et sont allés faire une grande marche dans les Cévennes. Avant de repiquer sur la côte normande vers la maison familiale qui aurait appartenu, un temps, à Darry Cowl avant que celui-ci, ruiné au jeu, ne soit contraint de la céder. Au bord de la piscine désertée pour cause de mauvais temps, une paire d’haltères. Plus loin dans le parc, un étang rempli de nénuphars, auquel fait face un banc en vieilles pierres sur lequel on imagine un Musset livrer à George Sand ses confessions d’enfant du siècle. La maison s’appelle « Le Paradis ». C’est Flavie qui l’a baptisée ainsi. « Jusqu’à l’âge de 12 ans, je passais tous mes étés dans la maison de mes grands-parents. Je me réveillais en écoutant le hennissement des chevaux. J’avais besoin de retrouver un point d’ancrage, un endroit où je pouvais me sentir bien en toutes circonstances. »
La famille recomposée vit ainsi, au rythme des cinq enfants, des barbecues sous la pluie, des romans de William Boyd et des repas avec des amis, comme Gérard et Corinne qui tiennent à Deauville une boutique de produits du Périgord. Ça cause de tout et de rien, des étranges vacances de cet hiver en Nouvelle-Calédonie, d’un restaurant qu’il faudrait ouvrir – « Tu ne veux pas, Pierre ? » Ça picole et ça clope. « C’est l’idée que je me fais du bonheur, résume Flavie. Ça ressemble à un grand bordel, à des éclats de rire, à des haltères qui traînent et moi qui dis quinze fois : “Rangez-les !”» Pas de télévision : « Ça fait longtemps que je ne la regarde plus. » Flavie filtre ses appels et écrit. « Depuis très longtemps. Des nouvelles, des chansons, les trois premiers chapitres d’un livre. Je garde tout ça pour plus tard. On a plusieurs vies. Quand j’aurai 50 ans, je suis persuadée que je ne ferai plus de télévision. »
AU PARADIS, ELLE ECRIT : DES NOUVELLES, DES CHANSONS, «POUR PLUS TARD»
Depuis dix ans qu’elle expose sa frimousse sur le petit écran, Flavie répète à longueur d’interview qu’elle est « heureuse », « comblée », « épanouie ». Vocabulaire de conte de fées populaire façon TF1 : celui d’une jolie jeune fille de Normandie, issue d’un milieu modeste – père agent à la SNCF et mère au foyer –, propulsée au firmament de la gloire médiatique. « Je me suis construit une carapace un peu lisse. C’était une manière de me protéger. Mes emmerdes, je n’ai pas envie de les partager avec la France entière. Malheureusement, ensuite, la moindre aspérité prend des allures d’événement. Quand je travaille pour une chaîne du câble, quand je joue au théâtre. C’est pesant. »
Ses huit ans sur la première chaîne française lui ont façonné un langage qui jaillit, presque à son insu. Elle cite ses audiences, « supérieures à la moyenne de la chaîne ». Puis, soudain, comme si elle s’était entendue, comme si elle voulait se débarrasser de son double – la poupée blonde à gros Audimat –, elle corrige : « Tu vois, ça m’énerve de parler comme ça. » On a beaucoup glosé sur son union avec Benjamin Castaldi, petit-fils de Simone Signoret, figure mythique de la téléréalité, venu la rejoindre sur TF1. Leur mariage a tourné court. Et quand elle évoque la société de production qu’elle avait créée sous son aile, elle le désigne pudiquement comme « un associé » à qui elle a racheté ses parts.
«JE NE SUIS PAS ENCEINTE, PROTESTE-T-ELLE EN ALLUMANT UNE CIGARETTE. PAS DE MARIAGE EN VUE NON PLUS»
Tout au long de l’été, des rumeurs ont prétendu que Flavie était enceinte, qu’elle allait épouser Pierre. « Tout est archifaux, s’emporte-t-elle en allumant une nouvelle cigarette. C’est comme si j’étais devenue l’héroïne d’un roman à scandales. C’est très douloureux. Ça crée un sentiment de désamour de soi. » Et de s’étonner de ce qu’elle qualifie d’« acharnement ». Le conte de fées lui a échappé, son double s’est émancipé, la machine s’est emballée. « Une machine de guerre », dit-elle en parlant de la télévision. De leur maison de pêcheurs dans le Cotentin où ils accueillent des enfants de la Ddass, ses parents observent, vigilants. « C’est la première fois que je les sens inquiets pour moi », confie-t-elle.
Aînée de deux frères, Max et Olivier, Flavie se souvient d’elle comme d’une fille grave, aimant frayer avec les adultes : « La légèreté, je l’ai acquise au fil du temps. » Elle dit avoir rêvé d’une vie monacale, écrire seule dans une maison en Camargue envahie par les chats. Adolescente, elle a passé sa classe de première dans un institut religieux avant qu’on lui conseille de « retourner dans le public ». Gravité mais aussi précocité, les deux allant souvent de pair : premier job à 19 ans, premier enfant à 21 ans, icône de TF1 à 26 ans. « Je n’ai pas l’impression d’avoir profité de ce qui m’est arrivé », constate-t-elle devant Pierre. Vertige du temps qui file, qui va trop vite : « J’ai encore dix mille trucs à faire et j’ai déjà 34 piges. » Elle affirme craindre la mort, celle des autres et la sienne : « Si je n’ai pas un projet qui me nourrit, je crève. Je veux bouffer la vie. »
Au printemps, Flavie devrait rejouer au théâtre, sans doute aux Mathurins, à Paris. Et, avec TF1, réfléchit à une émission qui lui « ressemblerait davantage, avec des interviews, des témoignages », tout en continuant à animer les grands événements de variété. On lui demande si elle aimerait présenter un magazine comme « Sept à huit », et son regard brille comme celui d’une débutante à qui l’on proposerait le rôle de Chimène à la Comédie-Française : « J’adorerais, mais je comprends qu’il y ait un souci de crédibilité. » Clairvoyante, Flavie connaît les règles du jeu. Sur TF1, la « blonde intelligente », c’est Laurence Ferrari. « La télé, si ça devait s’arrêter, je ne serais ni malheureuse ni dépressive, simplement déçue de ne pas être allée au bout de mon histoire. » De ne pas y avoir été entièrement elle-même, en définitive.

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